John Lobb
Souliers bespoke et RTW, bottier de St James's depuis 1866, RTW Hermès à Northampton
Parmi les passionnés, le consensus est que la qualité RTW est excellente mais que le premium de prix (~1000$ vs Carmina, Vass ou Bonafe) n'est pas unanimement perçu comme justifié. On paie le nom autant que le cuir. Le bespoke familial de St James's (indépendant d'Hermès) est un autre univers de prix et de qualité.
Philosophie
La forme en bois est l'âme du soulier. John Lobb la conserve à vie, certaines ont plus de cent ans. Tant que la forme existe, le soulier peut renaître.
Histoire
Cornwall, vers 1829. John Lobb naît dans une famille de fermiers du Devon. Enfant, il est atteint d'une infirmité au pied, une ironie cruelle pour celui qui deviendra le plus célèbre bottier du monde. C'est précisément cette infirmité qui le pousse vers le métier : il apprend la cordonnerie pour se fabriquer des chaussures qui lui conviennent.
En 1866, il s'installe à St James's Street, Londres, le quartier des gentlemen, entre les clubs privés et les tailleurs de Savile Row. Un an plus tard, en 1867, il remporte la médaille d'or à l'Exposition Universelle de Paris. Un an. Le fils de fermier boiteux du Devon vient de battre les meilleurs bottiers d'Europe.
La réputation est faite. La Maison royale britannique accorde le Royal Warrant. Les princes, les diplomates, les industriels se pressent à St James's. John Lobb crée des formes en bois pour chaque client, des moules uniques qui capturent l'anatomie exacte du pied. Ces formes sont conservées à vie. Certaines datent du XIXe siècle et sont encore dans les archives.
En 1902, la famille ouvre une succursale à Paris, rue du Faubourg-Saint-Honoré. Deux ateliers, deux villes, une seule exigence. Mais en 1976, la branche parisienne est vendue à Hermès. C'est le moment où l'histoire se complique.
Depuis 1976, il existe DEUX John Lobb :
• **John Lobb Bootmaker** (St James's Street, Londres) : toujours familial, toujours indépendant, uniquement bespoke. Le sommet absolu. Comptez 5000-10000£ la paire, 6 mois d'attente minimum. C'est ici que sont conservées les formes historiques.
• **John Lobb (Hermès)** : le prêt-à-porter fabriqué à Northampton (dans l'ancienne usine Edward Green, rien que ça) et le bespoke parisien. Les cuirs viennent d'Annonay (tanneries françaises d'excellence), la construction suit 190 étapes. RTW entre 1200 et 2000€.
Les deux entités n'ont aucun lien juridique, juste un nom et un ADN communs.
Parmi les passionnés, le débat est permanent : la qualité RTW est « impeccable, with no flaws whatsoever », les cuirs sont « buttery soft, and unusually thick ». Personne ne conteste la qualité. Ce que la communauté conteste, c'est le prix. « Could not say that the difference is worth the $1000 price premium over Vass or Bonafe or Carmina. » En d'autres termes : John Lobb RTW est excellent, mais à 1500€, Carmina à 500€ offre 85% de la qualité pour un tiers du prix.
C'est le dilemme éternel du luxe : paie-t-on la chaussure ou le nom ? Chez John Lobb, la réponse honnête est : les deux. Et la chaussure est suffisamment bonne pour que le nom ne soit pas un bluff.
Produits iconiques
William II
Le double boucle iconique, le modèle le plus reconnaissable de la maison. Lignes pures, proportions parfaites, construction Goodyear welt 190 étapes. Le soulier que les connaisseurs identifient à dix mètres. Le William II est à John Lobb ce que le Birkin est à Hermès : l'objet qui définit la maison. Sauf qu'ici, on marche avec.
Philip II
L'Oxford cap-toe classique, l'essence du soulier anglais distillée en un objet. Bout rapporté, laçage fermé, cuir d'Annonay. Le soulier qu'on porte avec un costume sombre pour les occasions qui comptent. Existe depuis des décennies sans prendre une ride. Le Philip II ne suit pas les tendances, il est la tendance que les autres suivent.
Lopez
Le loafer signature, le modèle décontracté de la maison. Cuir souple, couture mocassin, semelle cuir. John Lobb prouve ici que le luxe n'a pas besoin de lacets. Le soulier du vendredi. Celui qu'on enfile sans chaussettes en été, avec un pantalon de lin. La nonchalance qui coûte 1500€, mais qui les vaut en toucher.